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Départ en retraite d'Henriette Romney
Feuilletez également l'album de photos n° 19
Discours de M. Michel Raison
Responsable de l'unité SIT/ESI RATP
Je ne suis pas très entraîné à ce type de discours mais j'avais vraiment à cœur de le faire aujourd'hui pour Henriette.
Je crois que pour bien faire on doit commencer par retracer le parcours et la carrière du futur ex-agent ; voici donc le synopsis, à ma manière, du film qui pourrait être fait de la vie et de l'œuvre d'Henriette.
Commençons par le commencement : sa naissance à une date que je garderai secrète par galanterie est marquée pour moi des parfums de l'exotisme : naissance à Saint-Martin dans la partie française d'une île lointaine des Antilles dépendant du Département de la Guadeloupe ; au bourg de Marigot plus précisément ; petit mystère aussi pour son prénom Stéphane ou Henriette ou les deux ?
Moi en tous les cas j'ai pris l'habitude de l'appeler Henriette...
Après un parcours scolaire sans histoire, elle entame un brillant parcours d'étudiante commencé par un an à l'Ecole Polytechnique, 1 an seulement et à l'Ecole Polytechnique Féminine, il n'y a donc pas de quoi s'esbaudir, puis 4 ans sur les bancs de la faculté d'Orsay d'octobre 64 à Juillet 69.
4 ans en effet sur cette période de 5 années, car elle fait à cette époque en quelque sorte son "service militaire à elle" en se mettant pendant une année au service de l'enseignement comme institutrice à Libreville au Gabon.
Enfin, 3 années sur les bancs de Paris 6 Jussieu jusqu'en Juillet 72 qui l'amènent à la licence es-sciences Mathématiques et Physique option Informatique avec Certificat d'Etudes Supérieures de Logique et programmation (des diplômes, elle en a une telle collection, que quand elle a rempli son imprimé de candidature à la RATP, elle ne peut les faire tenir dans les cases prévues et elle doit déborder sur les cases réservées aux emplois précédents pour en terminer l'énumération !)
Fort de ce bagage donc, elle part à la conquête du monde du travail en entrant à la RATP le 21 décembre 1972 comme agent de maîtrise au service de l'Informatique ; elle y débute comme petite main d'analyste-programmeuse sur les applications du GIA.
C'est probablement à cette période que remonte son premier exploit connu, exploit toujours dans la mémoire de son chef d'alors encore en activité aujourd'hui : avec son acolyte Martine Caillau elles réussissent toutes seules telles 2 Calamity Jane à "flinguer" l'historique des consommations mensuelles des articles patiemment constitué depuis le début de vie de l'application. Or cet historique, comme chacun sait est un paramètre vital pour l'application de la formule de Wilson qui calcule les quantités à réapprovisionner. Faute des sécurités du mirroring d'aujourd'hui en ces temps "que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître" l'application GIA a eu beaucoup de mal à s'en remettre,
Mais il y a prescription et déjà à l'époque on avait su ne pas lui en tenir rigueur et reconnaître ses mérites en lui confiant en 1975 les rennes du projet GCA, complément du GIA. Sur cette promotion les avis des historiens autorisés sont partagés :
-certains affirment que c'est pour récompenser son sens pratique de l'expérimentation qui lui avait fait démontrer la faiblesse grave du système GIA face à une destruction totale des données essentielles
- d'autres affirment que c'est simplement pour l'empêcher de nuire en l'écartant un peu du GIA.
Peu importe, c'était alors la glorieuse période de l'informatique à la RATP, glorieuse période qui peut être comparée dans l'Histoire de la France à la période de construction des Cathédrales: rien n'est trop beau, rien n'est trop long, rien n'est trop cher mais tout ça c'est du solide et c'est presque indestructible : ni le temps ni aucun événement naturel ne l'ébranle et seule une décision humaine d'auto-destruction peut en venir à bout, comme pour le GIA.
Cette glorieuse époque dure de 1975 à 1984 pour Henriette, période durant laquelle elle n'oublie pas d'enrichir la France, avec l'aide précieuse de Pierre son mari, de deux futurs cotisants à la retraite des vieux que nous sommes ou seront bientôt, Jean-François et Sébastien qui complètent avec Pascal, né avant l'entrée à la RATP, la famille Romney au niveau idéal de 3 enfants mâles.
A ce stade de sa vie, Henriette prend conscience que ce serait bien d'arrêter les amusettes puériles du développement informatique et de mettre enfin sa maturité et ses compétences au service de quelque chose de sérieux : elle décide donc d'aller au charbon et de rejoindre la production informatique pour s'occuper du passionnant projet de l'automatisation de cette production entre 1984 à 1987
- nouveau projet cathédrale ? Peut-être - mais combien utile pour asseoir la légitimité à la RATP d'un service interne de production informatique, légitimité sur laquelle ont pu prospérer ensuite les unités CIS et ESI.
Survient enfin la vraie et bonne reconnaissance d'Henriette : elle est nommée responsable du groupement "Ordonnancement" au sein du Service Informatique ; je dis "enfin" et "bonne reconnaissance" car pour moi Henriette a les qualités rares du manager dont les structures opérationnelles de nos métiers et activités aux évolutions permanentes ont besoin et j'y reviendrai tout à l'heure.
Je place le début de cette partie finale du film de la vie professionnelle d'Henriette à la création du département SIT au moment de la décentralisation de l'Entreprise : plus encore qu'avant, les Unités Décentralisées nouvellement apparues ont besoin de véritables encadrants managers autour du RUD et Henriette est naturellement appelée par le responsable de l'Unité CIS à découvrir et à créer ce poste de RUL au sein de cette unité. Elle manage l'UL "Exploitation des Centres Informatiques de Neuilly et Noisy" de 1991 à1998 puis à la création de l'UD ESI issue de CIS, elle manage depuis 1999 l'UL EIC "Exploitation des Infrastructures de Communications".
Voilà pour la partie historique de mon laïus, mais je ne vais pas vous laisser aller profiter de ce beau buffet prometteur, je ne vais pas vous laisser aller zouker sans prendre quelques minutes pour m'exprimer de façon plus personnelle sur Henriette avec laquelle je collabore depuis plus de 5 ans.
Je l'ai rapidement évoqué tout à l'heure : Henriette, tu étais de la famille très précieuse car assez rare des managers complets :
- tu étais compétente techniquement et intelligente en plus, ce n'est pas pour rien que tes parents t'ont payé des études…
- tu étais fiable donc digne de la confiance qui soulage beaucoup les soucis du responsable que je suis,
- tu étais exigeante pour toi-même et pour les autres, ce qui est la condition sine qua non de tout progrès réel et durable,
- tu étais compréhensive et attentive aux autres aussi, mais dans un parfait et rare équilibre avec la qualité précédente,
- tu avais toujours les pieds sur terre et un bon sens bien concret, que j'ai eu maintes fois l'occasion d'apprécier.
Pour ne pas plus te faire rougir Henriette, je vais modérer tes mérites en disant que toutes ces qualités tu les dois beaucoup au hasard de ton statut originel de femme :
Puisque femme, tu as été mère, éducatrice, cuisinière, intendante de maison ; tu avais ainsi la chance de pouvoir faire en dehors des heures de bureau toutes les gymnastiques qui développent les "muscles" dont a besoin le bon manager et là comme partout "y a que l'entraînement qui paye"…
Et en plus, tu es plus patiente qu'il n'y paraît, tu es plus sage que la moyenne des femmes, et aussi, quand tu le veux, moins bavarde que cette moyenne….
Mais que tout cela ne sape pas trop le moral à ton successeur : certes Francis part avec le lourd handicap d'être un homme, le pauvre MAIS il part aussi avec le grand atout d'avoir été formé par toi.
N'oublie pas Francis : "y a que l'entraînement qui paye !"
Un collègue d'Henriette de la première heure, un très vieux de la vieille, comme on n'en fait plus depuis la naissance du GIA, M. LE YAOUANC qu'il s'appelait je crois aimait à faire inlassablement la même plaisanterie : "Elle est très z'Antilles Mme Romney " (z'Antilles avec un A majuscule après le z et un s à la fin vous l'avez compris). Ce n'est pas ce que je dirais pour ma part d'Henriette sauf à préciser qu'elle est très z'Antilles pour cuisiner les boudins créoles et pour préparer le punch.
Encore une qualité !
Mais que tout cela ne te rende pas nostalgique Henriette !
- tu as la chance d'être mère, grand-mère ET jeune,
- tu as la chance d'être retraitée ET jeune,
- tu as la chance d'avoir un port d'attache en "France Métropolitaine" comme tu le dis encore ET un pied à terre en Guadeloupe et les avions ça va de plus en plus vite pour de moins en moins cher.
Bref tu as beaucoup de chances.
Toutes les choses que tu as vécues, toutes les choses que tu as apprises ne vont pas être perdues maintenant que tu vas cesser ta vie active, comme on dit. A la vie active ne succède pas la vie passive. Plus le temps passe, plus je veux croire à l'idée que dans notre monde moderne, la vie active n’est, somme toute, qu’une période de formation à la retraite, à cette merveilleuse tranche de vie où on peut cumuler la sagesse et les expériences d’une part et les moyens matériels, et aussi, heureusement aujourd'hui, le temps et la force de s’en servir d’autre part.
Henriette, puisque tu as si bien travaillé au cours de ta période de ‘formation’, je te décerne sans hésiter, en vertu de droits qui ne me sont pas conférés, un diplôme de plus :
le certificat de capacité à la retraite heureuse avec mention TRES BIEN.
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